Instagram

L'exploitation, son histoire

Miellerie du lac

Edouard CLAVEL – Apiculteur

Mon exploitation se situe à Montferrat au bord du lac de Paladru. J'ai commencé l'apiculture à 15 ans avec 2 ruches, j'ai aujourd'hui 30 ans et 350 colonies. Chaque année j’essaye d’augmenter mon cheptel tout en perfectionnant mes pratiques. J'ai travaillé dans de nombreuses fermes apicoles en France et à l'étranger pour apprendre au mieux mon métier. Je fabrique mes ruches moi-même avec du bois de Chartreuse. J'élève reines, abeilles et déplace les ruches selon les floraisons pour récolter les meilleurs nectars.

Enfant, mes parents, ma sœur et moi passions nos fins de semaine et vacances dans une grande maison familiale sur la commune de Montferrat, au bord du lac de Paladru.  Dès  mon plus jeune âge, je m’accordais la mission de cultiver le potager familial. Ma mère s’occupait des  fleurs, et mon père, des arbres fruitiers : chacun son domaine !

Dans le verger, il y a toujours eu quelques ruches. Des apiculteurs se sont succédés pour s’en occuper en échange d’un peu de miel. Passionné de nature j’étais intrigué par ce travail mais me tenais à distance par peur de me faire piquer. Suite au décès du dernier apiculteur « le Père Reynaud », au cours de l’hiver 2003, l’activité autour des ruches a été abandonnée.

Je me revois au cours de l’automne 2005 : je rends visite à un vieux cousin, Roger Villard qui possède quelques ruches, avec l’espoir  peut être d’avoir quelques leçons d’apiculture. Je le trouve dans sa grande cuisine avec un tablier bleu assorti à ses yeux qui, eux, n’ont pas pris une ride. Au fond, dans la pénombre, je distingue sur la cuisinière une petite casserole de cire : à l’aide d’une cuillère munie d’un bec verseur, il est en train de souder la cire gaufrée sur les cadres pour le printemps suivant. Je pense qu’il ne me vit à peine rentrer et ne m’entendit pas lorsque je me mis à lui parler. N’ayant alors pas entendu ce que je lui avais dit, il se mit à me parler de ses abeilles et d’une époque passée sans répondre exactement à mes questions…

En rentrant chez moi, je me remémorai cet instant magique, suspendu du temps : je pense d’ailleurs que ce fut le « déclic ». Je fis part de mes pensées à mes parents : je voulais remettre en état les ruches du verger ! En effet, en allant voir ce vieux cousin âgé et l’entendant me parler avec passion de ses abeilles, cela m’avait vraiment donné « envie » !

Mes parents me parlèrent alors d’Alain, fils du « Père Reynaud », qui avait continué à élever des abeilles. Je pris contact avec lui au cours de l’hiver 2006. Il fut tout content de pouvoir m’apprendre sa passion et ainsi on décida de repeupler les ruches la saison suivante. Je m’achetai « le Traité Rustica de l’apiculture » (livre fantastique pour commencer !!) et mon premier enfumoir. Les vacances de printemps servirent  à nettoyer, réparer et repeindre les deux ruches. En mai 2006, j’avais alors 17 ans, Alain Reynaud me trouva deux essaims et on repeupla mes ruches. Durant toute la saison, je partais avec lui le regarder faire la moindre manipulation sur ses ruches et je faisais les miennes en écoutant attentivement tous ses conseils.

L’année suivante, je fis moi même toute les manipulations sur mes ruches avec Alain à mes côtés pour vérifier l’exactitude de mes gestes ; j’appris à créer un essaim artificiellement et le nombre de ruches  passa de deux à trois colonies grâce à une ruche supplémentaire que m’offrit Alain.

Deux de mes colonies périrent à Noël 2007 alors qu’il leur restait encore beaucoup de provisions…: méfaits du Varroas ? de l’environnement ? diminution de la fertilité ?… des questions qui ne sont malheureusement  pas aujourd’hui parfaitement élucidées…

Alors, en mai 2008, je créai deux essaims pour repeupler mes ruches ; je le fis seul, cette fois-ci sans l’aide directe de mon tuteur !! J’achetai un « extracteur à main quatre cadres » pour pouvoir extraire le miel. Je récoltai 15 kg de miel toute fleurs !! Je retournai chez mon vieux cousin pour lui apporter 1kg de mon miel et lui exprimer ma gratitude : si maintenant j’avais moi aussi mes propres abeilles, c’était en partie grâce à lui ; en échange il m’offrit un enfumoir tout en cuivre, magnifique !

Au cours de mon BTS en biologie végétale au lycée agricole de la Côte St André, je pris l’option «  apiculture » avec déjà l’idée de faire la formation.

Cette année là j’échangeai avec un ami, Tony Delorme quelques pots de miel contre 10 ruches, cinq ruchettes, deux maturateurs, un « extracteur six cadres », un enfumoir mécanique de collection ! ... et une caisse à outil pleine de trésors…

Au cours de ce BTS, je choisis de faire mon stage à Manosque au CRIEPPAM qui est un centre d’expérimentation sur les plantes à parfum et aromatiques. Ce choix n’était pas anodin. En effet ce sur quoi nous travaillions le plus était la lavande ! Cela me permit de mieux connaître cette fleur et les différents secteurs de culture. Cette plante était alors pour moi très « exotique » !

Il faut savoir une chose très importante : produire du miel demande un savoir faire en élevage pour pouvoir obtenir des colonies d’abeilles dynamiques et saines, exemptes de maladie, avec une population à son apogée au moment des fleuraison choisie. Cela exige une connaissance des plantes et du sol, de l’orientation du soleil par rapport au terrain et du climat.

En 2009 je fis le choix de mieux connaitre le monde professionnel des apiculteurs, un peu fermé et abstrait pour le néophyte que j’étais alors.

Je fis une première saison apicole (d’Avril à Septembre) en tant que stagiaire chez Marc et Marie-France Roux, apiculteurs en Isère. Cette rencontre fut décisive dans ma manière de travailler l’apiculture. J’eus la confirmation que mes passions pour la nature, les plantes, l’élevage, le travail du bois se réunissaient en une : l’apiculture, et qu’elle pouvait belle et bien devenir mon métier.

Pendant 4 ans j’alternais des saisons chez des apiculteurs : une « saison », en apiculture sous un climat tempéré, comprend le printemps et l’été. J’allais et venais au rythme de deux saisons par an : lorsque c’était fini en France, je m’envolais pour la saison d’hiver dans l’hémisphère Sud.

Au même moment le nombre de mes ruches en France oscillait autour d’une cinquantaine.

Cette période fut ma meilleure formation car j’essayais de trouver des apiculteurs avec des systèmes de travail très différents : producteur de miel, de gelée royale, certifié Bio ou pas, pollinisateur, vendeur de pots ou « en gros », conditionneur, éleveur et sélectionneur d’abeilles etc… Toute ces rencontres m’ont permis de comprendre que le milieu de l’apiculture est très vaste et qu’il existe pratiquement autant de façons de s’occuper des abeilles que d’apiculteurs : à moi donc de créer mon propre système !...

C’est en 2013, au retour de mon dernier long voyage, en Nouvelle Zélande, que je décidai de me consacrer à plein temps à mes propres ruches. Bien sûr, les voyages ne me quittaient pas mais se faisaient plus courts et je ne résistais pas à rencontrer des éleveurs d’abeilles ayant toujours quelques choses à m’apprendre.

A mon arrivée, je montai en Chartreuse dans une petite scierie familiale acheter un important lot de planches d’épicéa en vue de fabriquer de nouveaux éléments de ruches pour préparer l’hiver suivant. L’épicéa du massif de la Chartreuse a l’avantage d’être plus robuste car il pousse lentement dans un environnement montagnard difficile. Cette particularité lui procure une meilleure longévité s’il est coupé au bon moment.

En 2016 je retrouvai Pierre-Alain dit PAG, un copain de lycée que j’entraînai dans ma petite entreprise : je l’emploie depuis, pour des fonctions de plus en plus variées d’Avril à Septembre. Cet emploi soulage mon père qui commençait à devenir un jeune retraité sans trop de temps libre ; mais même en ne s’éloignant que peu de l’exploitation il demeure le chef de la maintenance ! Vous aurez surement l’occasion de croiser PAG, mon père ou moi-même sur un marché, à l’orée d’un bois ou si l’envie vous prend, d’ouvrir les portes de la Miellerie !

 

En attendant bonne visite du site web !